par Jean-Louis BESEME
Directeur de l'agence de l'eau Loire-Bretagne (France)
Institué par la loi sur l'eau du 3 janvier 1992,
le schéma directeur d'aménagement et de gestion
des eaux (SDAGE) est par essence le document de référence
pour la gestion de l'eau dans le bassin Loire-Bretagne.
Il a l'ambition de concilier l'exercice des différents
usages de l'eau avec la protection des milieux aquatiques. Il
trace les orientations d'une politique novatrice pour les quinze
à vingt ans à venir.
1. - Le cadre législatif prescrivant
le SDAGE
L'eau et les milieux aquatiques constituent un patrimoine fragile
et commun à tous. C'est là un des fondements de
la loi sur l'eau du 3 janvier 1992 qui affirme désormais
le principe selon lequel l'eau fait partie du patrimoine commun
de la nation.
Les précédents dispositifs législatifs et
réglementaires mis en oeuvre avaient permis une meilleure
gestion de la ressource en eau. La loi de 1992 dépasse
les anciennes logiques sectorielles pour organiser la gestion
de la protection des milieux aquatiques, comme celle de la satisfaction
de tous les usages, dans une approche plus équilibrée.
La protection des milieux sera donc prise en compte au même
titre que les autres intérêts, notamment économiques,
liés aux usages.
Elaboré par le Comité de Bassin, le SDAGE a une
portée juridique. Les services de l'Etat, les collectivités
territoriales (régions, départements, communes)
devront désormais en tenir compte pour toutes leurs décisions
concernant l'eau et les milieux aquatiques. Chacun veillera donc
à ce que les aides financières qu'il accorde soient
compatibles avec le SDAGE.
Projet à caractère collectif, le SDAGE représente
un aboutissement significatif dans la concertation entre les différents
acteurs de l'eau.
L'élaboration du SDAGE Loire-Bretagne a été
entreprise dès le mois de mai 1992. Il a été
adopté par le Comité de Bassin le 4 juillet 1996.
Le préfet l'a approuvé, au nom de l'Etat, le 26 juillet 1996
et il est entré en vigueur le 1er décembre 1996.
2. - La méthode de travail suivie
pour l'élaboration
Le SDAGE est le résultat de quatre années de travail du Comité de Bassin qui s'est appuyé sur les services de l'Etat et sur l'agence de l'eau Loire-Bretagne. Tous les acteurs de l'eau du bassin (services de l'Etat, collectivités territoriales, partenaires socio-économiques, associations) ont été associés aux différentes étapes du projet.
Dans ce cadre, sept commissions thématiques ont été créées :
Les commissions thématiques ont eu pour mandat de faire
des propositions d'orientations générales et de
dégager les grandes options de principe à respecter
dans le schéma.
Les commissions géographiques
Le travail s'est ensuite poursuivi dans le cadre de 7 commissions
géographiques, découpage du bassin en sous-bassins,
qui ont travaillé en deux phases.
La première phase des travaux, qui s'est
déroulée en 1993, a conduit à élaborer
un document de premières orientations. Les commissions
géographiques ont eu à :
Les propositions de préconisations locales, ainsi que leurs
propositions de modification des préconisations générales,
ont servi de base à l'élaboration du document de
premières orientations.
La deuxième phase de travail des commissions
géographiques s'est déroulée en 1995. Elle
a consisté, d'une part, à prendre connaissance des
réactions exprimées suite à la consultation
sur le document de premières orientations et, d'autre part,
à faire des propositions pour la rédaction du projet
de SDAGE.
Le document de premières orientations
A l'issue de la première phase de travail, le comité
de bassin a adopté un document de "premières
orientations". Il était constitué de trois
tomes intitulés : "présentation du SDAGE",
"état de la connaissance et des lieux" et "propositions
pour le SDAGE". A partir du mois de septembre 1994, ce document
a été envoyé aux principaux acteurs qui ont
été invités à faire part de leurs
remarques. Plus de 140 réponses ont été reçues.
Elles renfermaient environ 700 propositions d'amendements
dont il a été tenu compte pour la rédaction
du projet de SDAGE.
Le projet de SDAGE
Un projet de SDAGE a été élaboré à
partir du document de premières orientations. Il intégrait
également des résultats d'études techniques
menées ultérieurement, et dont les résultats
avaient été soumis à l'avis des commissions
géographiques. Ce projet a été adopté
à l'unanimité par le comité de bassin en
octobre 1995. Il a été soumis à l'avis des
conseils régionaux et généraux à partir
du mois de décembre 1995. Les avis émis ont
été intégrés, pour partie, au texte
du SDAGE.
3. - Les études réalisées
et le rôle joué par l'agence Loire-Bretagne dans
l'élaboration
Le comité de bassin a chargé le directeur régional
de l'environnement et l'agence de l'eau d'organiser conjointement
l'élaboration du SDAGE du bassin.
Dès le mois de septembre 1992, une recherche des documents
utiles pour l'élaboration du SDAGE a été
entreprise. Plus de 200 documents ont été ainsi
rassemblés. Ils ont servi de base pour mener les études
nécessaires pour :
Au total, près d'une cinquantaine de réunions rassemblant
tous les acteurs de l'eau du bassin auront permis de dégager
un véritable consensus sur les objectifs de gestion de
l'eau dans le bassin Loire-Bretagne.
De nombreuses études ont été réalisées
sur l'état des lieux, la définition des objectifs
aux points nodaux, l'approche économique sur quelques volets
thématiques ...
Au total, le coût de ces études pour l'élaboration
du SDAGE s'est élevé à 14 millions de
francs.
4. - Le contenu du SDAGE
Le SDAGE est constitué de plusieurs parties :
Ces 7 objectifs sont les suivants :
Les objectifs aux points nodaux
La loi impose que le SDAGE "définisse de manière
générale et harmonisée des objectifs de quantité
et de qualité pour les eaux".
Pour satisfaire à cette obligation, 86 points nodaux ont
été choisis, pour lesquels sont définis :
- des débits ou des hauteurs de référence,
- des paramètres de qualité.
Les points nodaux sont situés en des lieux particulièrement
importants du bassin pour permettre le contrôle de l'évolution
de la qualité des eaux et des débits au long des
cours d'eau (ou encore le niveau des nappes dans certains cas).
Les actions d'aménagement et de gestion des cours d'eau
devront concourir à la satisfaction de ces objectifs.
5. - A quoi sert le SDAGE ?
La prise en compte du SDAGE lors des actions réglementaires
ne suffira pas seule pour aboutir. Il faut surtout que la démarche
de concertation mise en oeuvre au sein du Comité de Bassin
au cours des quatre années d'élaboration soit reproduite
au niveau local. C'est cet esprit qui doit présider à
la préparation des schémas d'aménagement
et de gestion des eaux, les SAGE, mis en place à un niveau
géographique plus restreint.
Un des rôles essentiels du SDAGE est donc de permettre le
lancement des SAGE, car les SAGE devront préciser au niveau
local les actions à entreprendre.
6. - Quel est l'état
d'avancement des SAGE en Loire-Bretagne ?
A la fin de 1998, il existe 19 projets de SAGE dans le bassin
Loire-Bretagne. 5 d'entre eux viennent tout juste de voir le jour,
3 sont en cours d'instruction (phase réglementaire d'approbation
à la fois par le Comité de Bassin et par les préfets
concernés) et, enfin, 11 SAGE sont dans une phase plus
avancée d'élaboration (cf. carte).
7. - Le suivi du SDAGE
La mise en oeuvre des préconisations du SDAGE Loire-Bretagne,
applicable à compter du 1er décembre 1996,
justifie la mise en place d'un tableau de bord. Ce tableau sera
présenté régulièrement au Comité
de Bassin.
Le SDAGE comporte de nombreuses préconisations qui ne peuvent
pas toutes faire l'objet d'un suivi. Elles ont donc été
regroupées dans des thèmes pour lesquels les indicateurs
les plus appropriés sont en cours de définition.
Le nombre d'indicateurs à retenir devra rester modeste
pour permettre un réel suivi.
La mise en place d'un suivi des préconisations du SDAGE
justifiera, pour les thèmes retenus, la réalisation
d'un état de référence (année de référence
1996).
L'ensemble des indicateurs doit constituer un rapport devant être
présenté chaque année au Comité de
Bassin.
CONCLUSION
Le Comité de Bassin, réunissant tous les acteurs
de la gestion de l'eau dans le bassin, a en France deux missions
essentielles qui lui sont confiées par l'Etat :
- élaborer les grandes orientations de la gestion de l'eau pour les 20 ans qui viennent. C'est le SDAGE objet de la présente note,
- élaborer les programmes d'action quinquennaux pour atteindre
ces objectifs, c'est-à-dire programmer les dépenses
et mobiliser les moyens financiers nécessaires. A ce titre,
le Comité de Bassin vote chaque année, mais dans
une perspective pluriannuelle, le taux des taxes ou redevances
qui seront perçues par l'agence de l'eau qui lui est rattachée.
C'est ce double mécanisme qui fait l'originalité du système français de gestion de l'eau.